Jardinier ou architecte ?

Dans le monde des auteurs, deux familles s’affrontent depuis la nuit des temps : les jardiniers et les architectes.

Ok, je m’emballe un peu, mais vous avez compris l’idée : il y a ceux qui font un plan et ceux qui n’en font pas. Je suis pour ma part dans la team « architecte » parce qu’ à mes yeux, c’est inconcevable d’écrire une histoire sans savoir où je vais, même un minimum. Mon plan est maléable et est souvent adapté au fil de mon écriture. C’est ma carte routière et ma boussole en même temps.

Voyez votre histoire comme un personnage qui doit aller d’un point A à un point B. Certains, les jardiniers, savent quel est le point A et veulent se laisser surprendre sur la route sans savoir où le point B se trouve exactement.

D’autres connaissent le point A et le point B mais ne savent pas encore très bien comment ils vont y arriver.

Les derniers, les architectes, dont je fais partie, définissent le point A, le point B ainsi que les étapes du chemin entre ces deux points avec plus ou moins de détails. Je m’explique : avant, j’avais mon plan et sous aucun prétexte je ne m’en serais éloignée. C’était ainsi point barre. Le problème était (et si vous écrivez, vous saurez de quoi je parle) que mes personnages n’avaient aucune indépendance et ne pouvaient rien faire de surprenant. On a tous un jour écrit une scène et sentit que tel protagoniste devait faire un tel acte à tel moment alors que c’était pas du tout prévu.

Aujourd’hui, je planifie. J’essaie aussi de laisser davantage de place à mes personnages pour bouger. Le chemin de A à B existe au préalable et j’ai mis des étapes sur le chemin pour ne pas qu’ils se perdent et restent bien sur le chemin que j’ai défini. 

La planification de J. K. Rowling

La méthode que j’utilise est celle de mon idole ultime, J. K. Rowing. Il y a quelques années, elle a partagé un morceau de plan de l’Ordre du Phoénix. J’ai halluciné par la simplicitié de la chose et son efficacité redoutable. Vous trouverez ce plan ici.

Vu l’écriture épouvantable de Joanne Rowling, voici comment, sur base de cette idée, je fonctionne. 

Le tableau se divise en plusieurs colonnes, une ligne correspondant à un chapitre. On pourrait aussi aller plus loin et une ligne équivaudrait à une scène mais cela devient un peu trop précis à mes yeux et réduit toute possibilité d’indépendance des personnages.

  • La première colonne est celle des numéros ou noms de chapitre. Je n’ai jamais nommé mes chapitres, personnellement.
  • La deuxième colonne est la plus détaillée : j’y explique brièvement ce qu’il se passe dans le chapitre (une phrase pour expliquer une scène).
  • Les colonnes suivantes sont des colonnes liées à une sous-intrigue de l’histoire. Pour le cas d’Harry Potter, il y a ainsi (attention, spoilers !) une colonne « Cho/Ginny », une colonne « Armée de Dumbledore », une colonne « Rogue/Harry ». Ces colonnes permettent de garder une trace des éléments d’intrigue qui vont être plantés ou expliqués au fil de l’histoire.

Le concept est tellement simple et évident quand on le voit. Pourtant, en découvrant le tableau, je me suis demandé comment je n’avais pas fait ça plus tôt.

Vous n’êtes pas obligés de planifier. De nombreuses personnes ne le font pas et ça leur convient tout à fait. Pourtant, j’estime que faire un plan est quelque chose de très bénéfique pour les gens qui débutent. Cela permet de savoir où l’on va, de ne pas se perdre en chemin. Et surtout, face au découragement, le plan a quelque chose d’extrêmement réconfortant et rassurant. 

Pour la Lavandière de nuit, j’ai ainsi fait une chose un peu folle : écrire l’intrigue après avoir rédigé le dénouement. 

Et vous c’est quoi vos astuces ?